AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  


Partagez | 




Tortue géniale
Tortue géniale
avatar
Originaire de : Arpinum
Dn : 5202
Dominus de : Shiva, Mery



M. Valerius Serenus

░   Sam 21 Avr - 18:20   ░

Voir le profil de l'utilisateur

 
 
Ψ   [I-i.001] Des lames dans l'ombre   Ψ
~ Des lames dans l'ombre ~

Capoue – Villa Sempronia, le 12 juillet 74 av. J-C.

Le jeune homme était entouré par une quinzaine de gérontes. Drapés dans leurs toges à bande pourpre, ils siégeaient dans une pièce sombre. La porte, épaisse muraille de bois bardée d'acier, était gardée par deux hommes à l'allure aussi patibulaire que menaçante.

- Il nous faut avancer, amis. Livia arrive parmi nous. Quel accueil allons-nous lui réserver ?

Le ton du jeune homme – car c'était lui qui venait de prendre la parole – était calme et mêlé d'ironie pure. Il semblait à la fois déterminé et demandeur de conseils. Mais, dans l'obscurité de la salle dissimulée, le flamboiement de quelques torchères accrocha un instant les dents de l'ambitieux, subrepticement dévoilées par un sourire machiavélique.

L'un des individus se leva. Jetant sur la table une lourde bourse dont le lacet se défit, il prit à son tour la parole. Sa voix abîmée sonnait faux aux oreilles de celui qui ne connaissait pas T. Sempronius Brutus. Il suffisait d'attendre que celui-ci détache son écharpe et laisse entrevoir l'affreuse cicatrice qui lui barrait la gorge pour que l'ingénu comprenne.

- Tu peux compter sur moi. Comme sur nous tous, ici présents. Nos milices sont à tes ordres.

L'assemblée opina du chef. En silence, à la manière d'une armée se mouvant d'un seul et même geste. Tous étaient prêts. Le jeune ambitieux ouvrit la bouche un court instant.

- Il ne me reste que quelques ficelles à tirer. Puis …

Il sourit à nouveau à l'assemblée. Un sourire comme la signature d'un pacte noir. Un pacte qui, quelques semaines plus tard, allait précipiter la ville dans des torrents de sang, de délire et de folie, d'excès sans bornes. Un pacte qui allait jeter sur les routes de nombreux soldats. Un pacte qui allait briser de nombreuses chaînes.

Un pacte enfin, qui était établi avec le soutien d'un divin.


Capoue – Temple d'Ares, le 12 juillet 74 av. J-C

Les deux divins ne savaient plus que faire. Arès se réjouissait secrètement des jeux à venir. Il suivait avec intérêt les intrigues humaines, et découvrait avec délectation la nature humaine. Arpentant son temple de long en large, il réfléchissait.

Face à lui, slalomant entre de majestueux piliers, dont le faîte disparaissait dans l'ombre du temple, Pluton jouait avec une épaisse obole. La pièce argentée, lorsqu'elle accrochait la lumière, lançait des éclairs vifs. Les mêmes que ceux d'Hélios jouant sur la plate du guerrier. Un sourire enjôleur, une taille imposante, mais une minceur cadavérique. Ainsi paraissait Pluton aux yeux des mortels.

- Tu comptes réellement jouer un rôle dans les affaires humaines ?

Sa voix était indéfinissable. Elle semblait provenir d'outre-tombe, tout en paraissant si vivante ! Mais en réalité, le dieu de la mort se moquait de son égal. Il ne parvenait pas à comprendre coment Arès pouvait vouloir agir comme il prévoyait de le faire.

- Prêter ton aide à ce risible complot ?

Le dieu de la guerre, qui admirait dans une pénombre dorée les bannières accrochées au fond du temple, se retourna brusquement. Ses yeux brillaient d'une flamme que la plus violente des tempêtes n'aurait pu éteindre, ni même en faire baisser l'intensité.

- Tu ne comprends donc pas ?

Il pointa un poing puissant en direction de l'une des bannières accrochées autour de sa majestueuse statue. Une bannière carthaginoise, trouée par endroits, fatiguée, mais semblant conservée par un miracle inexpliqué.

- Avec les Barca, j'avais de quoi m'amuser. Mais maintenant …

Il tendit le doigt dans les airs. Un rouleau de vélin flotta en sa direction, et il apposa sa marque au bas du papier. Le regard curieux d'un espion aurait pu entrevoir, entre autres, le nom d'un jeune homme dont la renommée à Capoue ne cessait de croître … Puis la missive disparut dans un éclair de soufre.

- Je m'ennuie !

Le cri belliqueux d'Arès, s'il n'avait été contenu par les puissants murs du temple, aurait réveillé toute la ville.


Rome – Villa Valeria – le 15 juillet 74 av. J-C

L'esclave baissa la tête devant le maître. Il portait à la main une tablette de cire cachetée. Cependant, les tressaillements qui secouaient sa main trahissaient l'importance des nouvelles. Sa cape de voyage était usée par les intempéries, la boue, les routes. Son visage trahissait sa fatigue. Et pourtant, sa fidélité envers son maître l'avait poussé à faire tout ce chemin.

Tout ce chemin, pour l'or et la reconnaissance. Son maître n'était pas avare de récompenses. Et, pour la nouvelle qu'il lui apportait, il allait sûrement recevoir une prime dépassant tout ce qu'il avait jamais reçu.

- Me voici, maître.

L'homme assis dans son siège, au beau milieu d'un atrium empli de plantes verdoyantes, tendit la main en remerciant son fidèle esclave. Il se leva, fit quelques pas avant de décacheter la tablette. Tout en parcourant des yeux les premières lignes, il descendit dans l'impluvium. L'eau fraîche stimulait sa réflexion.

- Tous les éléments sont en place … Tu peux disposer.

L'esclave salua discrètement son maître, puis s'en fut dans les ténèbres de la nuit mourante. La flamme des torches révéla un court instant un tatouage révélant son appartenance.

M. V. S.
 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
L'Iliade Romaine ::  ::  - accéder à la catégorie - :: Les potentats de L'I.Ro. :: Augures :: Intrigues et évènements-